céline, pamphlet

Mein Kampf (ou Mon combat, en français) est un livre rédigé par Adolf Hitler entre 1924 et 1925.
Commencé pendant les neuf mois de sa détention à la prison de Landsberg à la suite du putsch de la Brasserie, l'ouvrage contient des éléments autobiographiques, l'histoire des débuts du NSDAP et diverses réflexions sur la propagande ou l'art oratoire.
Charles Maurras de l'Action française, parmi d'autres, souhaite disposer d'une traduction non expurgée de Mein Kampf, d’une part afin de démasquer qui, sur la scène politique française, était proche du nazisme, d’autre part pour cerner l’idéologie nazie31. Il est très loin d'être le seul. En effet, le paradoxe de ce livre veut que la traduction intégrale soit voulue à la fois par ses émules et par ses contradicteurs. Tel est encore le cas aujourd'hui.
À l'automne 1933, le général Georges Jacques Lachèvre, Saint-Cyrien, général de brigade, grand officier de la Légion d’Honneur, actif au ministère des Anciens combattants, convoque André Calmettes, polytechnicien (promotion 1922) et germaniste, et lui remet les deux tomes de Mein Kampf en allemand ; il lui demande de lui dire ce qu’il penserait d’un extrait à l’usage du public français. André Calmettes conclut à une traduction intégrale. Avec une équipe de collaborateurs, il s’attelle à la traduction du texte en 5 mois d'octobre 1933 à février 1934. Pour l'édition, Jacques Lachèvre contacte Fernand Sorlot, éditeur fasciste32, qui accepte de s'engager dans le projet malgré le copyright de la maison d'édition allemande, Franz Eher Verlag. Le ministère des Anciens combattants n'est mentionné à aucun moment, de manière à ne pas compromettre directement le gouvernement33,34.
Etc
À l'exception de Mea Culpa, les pamphlets écrits par Céline entre 1937 et 1941 n'ont jamais été réédités. Cet état de faits est compréhensible. De son vivant, Céline s'y est toujours opposé et, depuis 1961, ses ayant-droits respectent cette volonté.
Mea Culpa, publié en 1936, est un texte court dans lequel Céline évoque le régime communiste, à partir de sa propre expérience, à la suite du voyage qu'il a effectué en URSS en août et septembre 1936. Bagatelles pour un massacre, en revanche, laisse éclater l'antisémitisme violent de l'écrivain. Qu'importent les trois ballets "glissés" dans l'ouvrage, ce pamphlet frappe d'abord par la haine et le fiel développés à l'encontre des juifs. Céline s'en expliquera et justifiera ses positions antisémites par souci d'éviter la guerre, par volonté de pacifisme. En 1957, un entretien avec Albert Zbinden, montre comment Céline se défend d'avoir adopté une idéologie aussi extrême :
"Albert Zbinden : "Disons le mot, vous avez été antisémite."
Céline : "Exactement. Dans la mesure où je supposais que les sémites nous poussaient dans la guerre. Sans ça je n'ai évidemment rien - je ne me trouve nulle part en conflit avec les sémites ; il n'y a pas de raison. Mais autant qu'ils constituaient une secte, comme les Templiers, ou les Jansénistes, j'étais aussi formel que Louis XIV. Il avait des raisons pour révoquer l'édit de Nantes, et Louis XV pour chasser les Jésuites... Alors voilà, n'est-ce pas : je me suis pris pour Louis XV ou pour Louis XIV, c'est évidemment une erreur profonde. Alors que je n'avais qu'à rester ce que je suis et tout simplement me taire. Là j'ai péché par orgueil, je l'avoue, par vanité, par bêtise. Je n'avais qu'à me taire... Ce sont des problèmes qui me dépassaient beaucoup. Je suis né à l'époque où on parlait encore de l'affaire Dreyfus. Tout ça c'est une vraie bêtise dont je fais les frais." (Entretien avec Albert Zbinden, 1957) D'autres raisons peuvent être avancées.
Durant son enfance, l'écrivain baignait dans le climat d'une France divisée par l'affaire Dreyfus, encore très présente dans les esprits. Les discours antisémites du père de Céline, Fernand Destouches, n'ont pu qu'influencer le futur auteur de Bagatelles pour un massacre. En attribuant l'origine des ennuis financiers de la famille aux juifs (les parents de Céline étaient de petits commerçants parisiens), Fernand Destouches a vraisemblablement contribué à faire naître l'antisémitisme de son fils. De plus, Céline sort à peine, à l'époque de Bagatelles pour un massacre, de l'échec de sa carrière à la Société des Nations, qu'il attribue à Rajchman (voir L'Église), d'un avancement compromis au dispensaire de Clichy à cause du docteur Ichok et surtout de la fuite d'Elisabeth Craig avec, semble-t-il, un américain d'origine juive. En clair, Céline se sent persécuté parce que non juif. Tous ces événements le touchent au plus profond, contribuant à cultiver son antisémitisme. Et puis, le contexte historique d'avant-guerre favorise l'antisémitisme en France. Le gouvernement du Front Populaire, avec Léon Blum à sa tête, ne fait pas l'unanimité en matière de relation diplomatique avec l'Allemagne. Blum est accusé de vouloir pousser la France vers la guerre contre l'Allemagne d'Adolf Hitler. Le sentiment pacifique de Céline se dresse contre les positions adoptées par ce gouvernement et l'écrivain propose une alliance avec l'Allemagne pour éviter le pire. Pour terminer, on pourra s'étonner de la rapidité avec laquelle ont été écrits les pamphlets. Ces textes ont été rédigés dans l'urgence, comme si Céline avait eu besoin de percer un abcès depuis longtemps douloureux. Les mots sortent comme d'un geyser et les hallucinations de Céline sont de plus en plus violentes, extrêmes et démentielles.
Il faut préciser que l'antisémitisme de Céline est toujours resté "littéraire" et verbal. Céline n'a ni collaboré avec le régime nazi (qui avait du reste interdit certains de ses ouvrages) ni soutenu le régime de Vichy. Les témoignages de ses proches l'attestent. De plus, les pamphlets ne sont pas seulement des textes antisémites. Le régime soviétique, l'actualité, la guerre, le système éducatif, les Etats-Unis, voici pêle-mêle différents sujets que Céline passe à la moulinette, avec haine, rage, et sans aucune mesure...